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Titre du blog : OBJECTION-SOS
Auteur : objection
Date de création : 24-11-2009
 
posté le 24-11-2009 à 21:05:45

Profs en colère: «On est face à un mur»

Petite ambiance aujourd'hui dans la double manif qui se déroulait à Paris. D'un côté, les enseignants, soutenus par les étudiants et les lycéens, venus protester contre les 16.000 suppressions de postes en 2010 et la réforme de la formation des enseignants. Et de l'autre, les postiers, dans la rue contre la privatisation de la Poste. Les deux cortèges ont fait un bout du boulevard Montparnasse ensemble avant de reprendre leurs distances.

«Allez faut se bouger, faut les faire reculer. Venez manifester l'école est en danger», scande en cadence un groupe d'enseignants derrière leur banderole «IUFM en lutte». Son autocollant craquelé «l'Ecole est un métier qui s'apprend» collé sur son anorak depuis des mois, une maître de conférence à l'IUFM de Créteil explique: «On est face à un mur. On a changé de ministre, mais le projet de réforme est toujours le même. Luc Chatel a débarqué avec son paquet déjà ficelé et ne nous écoute pas! Tout le monde est contre, même les directeurs d'IUFM ou la Conférence des présidents d'université (CPU) qui ne sont pourtant pas des révolutionnaires!»

Que prévoit cette réforme? «Il y a plein de choses qui ne vont pas. Par exemple, les étudiants qui auront réussi leur concours se retrouveront directement devant une classe à la rentrée, sans réelle formation. C'est irresponsable», renchérit une autre, qui préfère garder l'anonymat «parce que notre combat a du mal à être compris dans l'opinion publique.»

«Une génération sacrifiée»

Les lettres IUFM marquées au feutre bleu sur les joues, Rachel, 23 ans, s'apprête à passer le concours de professeur des écoles: «On est la génération sacrifiée. Je vais passer l'ancien concours. Si je le réussis, je serai instit en septembre sans aucune formation. Mais, si je le rate, c'est pire : il faut que je me tape deux années d'étude (master 1 et 2) pour pouvoir repasser le concours puisque avec la réforme, il faut un bac +5. Super !», lance-t-elle, avec une énorme boîte de conserve pendue autour du cou  -et la baguette qui va avec- déterminée à faire du bruit.

Beaucoup ont ressorti des pancartes déjà utilisées «puisque les revendications ne changent pas». On retrouve: «Ecole en danger» ; «L'école doit-elle payer pour le train de vie de notre monarque?»  Des ballons blancs géants: «A Vitry comme à Neuilly, un même droit à l'éducation»

Quelques pas plus loin, un petit groupe de conseillers d'orientation, venus dénoncer les suppressions de poste: «Chez nous, c'est une embauche pour six départs à la retraite. Notre profession est en voie de disparition», lâche Nadine, «une ancienne». Avec sa collègue Catherine, elle dénonce: le saupoudrage «quand on suit 1.200 élèves chacun, forcément...», la précarisation de la profession «avec le recours aux vacataires pour trois ou quatre mois». Et la logique des réformes: «Les profs sont incités à orienter eux-mêmes leurs élèves. Or, il n'est pas bon que ce soit la même personne qui note et oriente. Il faut une tierce personne, un autre regard...»

Quand les profs rencontrent les postiers

15h30, le cortège des profs rejoint celui des postiers. Mais de là à dire qu'ils manifestent main dans la main... Un syndicaliste, perché sur son camion, tente au micro: «Tiens puisque je vois le cortège de l'éducation, eux aussi sont victimes de suppressions de poste. Mais nous, c'est pire: un départ sur cinq pas remplacé et un sur sept en Ile-de-France !» Et voilà une dizaine de militants CFDT, repérables à dix mille grâce à leur gilet orange fluo, qui s'essaient au chant: «On n'est pas là pour demander la lune mais pour défendre nos emplois. Et pour crier une certitude : il en manque du pouvoir d'achat...( sur l'air du tube d'Indochine, évidemment, ndlr) Y a trop longtemps qu'on nous plume, faudrait pas qu'on attrape froid.»

On croise Roger et Jean, guichetiers à la Poste dans une agence parisienne: «On espérait une plus forte mobilisation. Avec la votation citoyenne, on était bien partis, mais là, voilà, les postiers ne se bougent pas face au rouleau compresseur en face», commence l'un. «De toute manière, à l'intérieur de la Poste, on ne se sent plus fonctionnaire... on est déjà soumis à la pression, aux sanctions disciplinaires.»